Sextus Empiricus philosophie

Biographie : Le médecin philosophe

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Naissance et origine : Les informations sur la vie de Sextus Empiricus sont rares et fragmentaires. Il serait né vers la fin du IIᵉ siècle apr. J.-C., probablement à Alexandrie ou en Asie Mineure (certains le placent à Athènes ou à Rome).
Son surnom Empiricus indique qu’il appartenait à la secte empirique de la médecine grecque, fondée sur l’observation et l’expérience, plutôt que sur la spéculation théorique.

Éducation : Sextus reçut une formation complète en médecine et en philosophie, disciplines alors étroitement liées. Il fut influencé par la tradition pyrrhonienne, héritière de Pyrrhon d’Élis

Carrière : Sextus exerça la médecine, probablement en Grèce et à Rome, tout en développant une intense activité de philosophe sceptique.

Mort : On ignore la date exacte de la mort de Sextus Empiricus, mais il aurait vécu jusqu’au début du IIIᵉ siècle apr. J.-C. Son influence s’étendit bien au-delà de l’Antiquité : redécouvert à la Renaissance, il inspira des penseurs modernes comme Montaigne, Descartes, Pascal ou encore Hume, qui virent en lui un modèle de rigueur critique et de doute méthodique.

La logique comme méthode d’enquête oppositive

Chez Sextus, la philosophie sceptique est définie comme une capacité (δύναμις, dunamis) à mettre en opposition (ἀντίθεσις, antithesis) des arguments et des objets, qu’ils soient issus de la perception ou de la pensée. L’enquête logique consiste donc à confronter toute affirmation concernant un objet non-évident avec une affirmation ou une argumentation de force égale mais opposée. Cette méthode vise à produire une suspension du jugement (ἐποχή, epochê) lorsque l’équilibre entre les arguments opposés est atteint.​

Critique du dogmatisme logique : refus des conclusions définitives

Sextus distingue la démarche sceptique de celle du dogmatisme logique. Pour le dogmatiste, l’investigation possède une fin clairement définie, qui est l’affirmation d’une conclusion. L’investigation sceptique, en revanche, n’a pas de terme fixe : elle s’interrompt temporairement, mais reste toujours ouverte à la reprise et à la poursuite. Le sceptique examine d’abord un argument, puis toujours son contraire, jusqu’à établir leur équilibre, moment où il suspend son jugement.​
Le sceptique refuse d’accepter comme certain tout résultat argumentatif sur les objets non-évidents. L’idée centrale est que tout raisonnement, aussi bien affirmatif que négatif, est dogmatique ; le sceptique les met en balance sans adhérer à leur conclusion.​

Structures argumentatives et modes de jugement

Sextus analyse et met en œuvre différents modes de raisonnement pour générer la suspension du jugement :

  • Modes d’opposition : Par l’examen des modes d’énonciation, il oppose assertion et négation, mais aussi des points de vue contraires ou contradictoires, afin de rendre chaque position aussi plausible que sa rivale.​

  • Modes de la discorde et de la relativité : La variété et la richesse des désaccords philosophiques montrent qu’aucune affirmation ne peut être rationnellement privilégiée. Quand des doctrines s’opposent sans qu’une l’emporte, il est rationnel de suspendre son assentiment.

  • Modes non-oppositifs : Certains modes (ex : le mode d’infini, de réciprocité ou d’hypothèse) génèrent la suspension en pointant des vices formels (régression infinie, circularité, fondement hypothétique) sans recours explicite à l’opposition directe d’arguments.​

Rôle de la dialectique sceptique

La dialectique sceptique est une pratique rationnelle ordonnée qui consiste à examiner successivement toutes les alternatives possibles. La méthode impose une progression complète : chaque nouvelle investigation démarre après la suspension sur le sujet précédent. Sextus insiste sur l’abondance et la diversité des arguments sceptiques, qui permettent d’adresser toutes les formes de dogmatisme, même les plus complexes et sophistiquées.​
Le sceptique n’est pas simplement réactif face au dogmatisme ; il prend aussi l’initiative de construire activement des oppositions, de composer des contre-arguments puissants et variés, et d’explorer systématiquement toutes les possibilités logiques disponibles. Cette plasticité de l’habileté sceptique distingue la pratique dialectique sceptique des simples techniques de réfutation.

Équilibre argumentatif et suspension du jugement

La suspension du jugement est considérée comme rationnellement requise lorsque les arguments opposés sont d’égale force (ἐξισωθένεια, isostheneia). Cette attitude s’impose à chaque fois qu’aucun argument ne permet de trancher rationnellement une question. Elle n’est pas issue d’un manque d’effort ou de rigueur, mais de l’examen approfondi de toutes les alternatives et du constat de leur équilibre. La suspension est à la fois un état causal et une conclusion rationnelle résultant de l’application de la méthode dialectique sceptique.​

Fonction du raisonnement ordinaire et critique du critère de vérité

Sextus ne revendique aucun critère universel de vérité. Il analyse et critique les critères dogmatiques (ex : la démonstration, le signe, la syllogistique) en montrant que tous soulèvent des désaccords ou des problèmes logiques insurmontables. Le sceptique accepte le raisonnement ordinaire pour la gestion pragmatique des apparences, mais rejette toute prétention philosophique à la vérité apodictique. Il traite la philosophie comme une activité (praxis) d’enquête rationnelle, plutôt qu’une théorie sur la réalité des choses

Finalité et orientation de la vie sceptique

Le scepticisme pyrrhonien, selon Sextus Empiricus, ne propose ni théories ni dogmes sur la morale : il vise avant tout la suspension du jugement (epochê) à l’égard de toute affirmation sur la nature du bien et du mal. L’objectif du sceptique est la quiétude (ataraxia) en matière d’opinions et la modération des affections (metriopatheia) concernant les troubles inévitables du vécu quotidien. Selon Sextus, l’insatisfaction et le trouble de la vie humaine proviennent principalement de l’opinion qu’il existerait des biens ou des maux par nature. La croyance intense en des valeurs objectives conduit à une poursuite ou une fuite obsessionnelle de certains objets ou situations, ce qui engendre le trouble. Seule une attitude de suspension du jugement à leur égard permet d’atteindre la tranquillité.

Origine du trouble moral et rôle de l’opinion

Sextus distingue deux sortes de perturbations :

  • Les perturbations intellectuelles, causées par le conflit entre différentes opinions sur la vérité.

  • Les perturbations morales, produites par l’adhésion à une seule opinion sur le bien ou le mal par nature.

Il affirme que la racine du trouble moral est l’assentiment à la croyance qu’une chose est bonne ou mauvaise en soi. Cette opinion, qu’elle soit issue de la vie quotidienne ou des systèmes philosophiques (dogmatiques), entraîne une série de comportements compulsifs : recherche acharnée du bien, crainte ou fuite du mal, insatisfaction permanente, jalousie, préoccupations excessives autour de la possession ou de la perte.

Suspension du jugement et conducte morale

Le sceptique suspend son jugement sur la valeur « par nature » de toute chose. Il n’adopte ni la position selon laquelle aucune chose ne serait bonne ou mauvaise par nature, ni celle du contraire : il suspende purement et simplement tout jugement à ce sujet. Cette suspension a des effets directs :

  • Le sceptique ne s’engage pas dans des efforts intenses, il n’est pas obsédé par la quête du bien ou la fuite du mal.

  • Sa conduite reste alignée avec les usages, lois, coutumes et son éducation, mais sans y voir une nature objective du bien ou du mal.

  • Il éprouve ce qui « apparaît » comme bon ou mauvais, mais ne transforme pas cette expérience en opinion sur la nature réelle des choses.

Relativité morale et engagement pratique

Sextus Empiricus distingue clairement la vie sceptique d’une existence détachée ou passive. Suivant l’apparence, il agit dans la société selon ce qui lui semble bon ou mauvais dans telle circonstance, ce qui lui permet d’être engagé dans l’action, de pouvoir justifier contextuellement ses choix, tout en évitant l’obsession et le conformisme rigide.

La relativité des valeurs ne conduit pas à l’indifférence totale ni à l’absence de toute norme :

  • Le sceptique admet et assume les valeurs de sa culture, de son contexte, de son éducation.

  • Il n’accorde cependant aucune valeur absolue, universelle ou nécessaire à ces normes.

  • Il reste capable de juger, de choisir, d’accepter ou de refuser des comportements ou des lois selon les circonstances, sans jamais transformer ces préférences en dogmes.

Modération des affections (metriopatheia)

Au-delà de la quiétude obtenue par la suspension du jugement, le sceptique vise aussi la modération des troubles inévitables (ex. : souffrances, maladies, contraintes imposées par les lois ou les coutumes). La suppression des opinions sur la nature du bien/mal permet de ne pas amplifier ces troubles : on souffre de ce qui arrive, mais on n’ajoute pas d’angoisse imaginaire ou d’affliction fondée sur des opinions excessives. Les perturbations insurmontables restent modérées car elles ne sont pas amplifiées par une couche de jugement dogmatique.

Responsabilité et justification des actions

La philosophie sceptique ne retire pas à l’agent son sens de la responsabilité. Le sceptique, ayant suspendu son jugement sur la valeur absolue du bien et du mal, agit selon l’apparence et la coutume, mais peut toujours expliquer ses raisons par référence au contexte, à la loi sociale, à ses propres inclinations : « J’ai agi ainsi car, dans cette situation, cela m’a semblé juste ou préférable. »
La justification de ses actes est donc contextuelle, relative et socialement intelligible — sans prétendre cependant à une fondation universelle ou absolue du juste et de l’injuste.

Enseignement : la morale sceptique comme art de vivre

Sextus revendique que le scepticisme possède une mission pédagogique : montrer que la vie fondée sur des dogmes mène à l’insatisfaction, alors que la vie sceptique — caractérisée par la suspension du jugement sur la valeur « par nature » du bien et du mal, et l’acceptation des apparences contextuelles — permet d’atteindre une existence paisible, modérée, engagée mais non dogmatique.

Définition du domaine métaphysique et des objets non-évidents

Sextus Empiricus situe la métaphysique dans l’examen des objets qui ne sont pas évidents (« adla »), c’est-à-dire qui ne se donnent pas directement à la perception ou à l’expérience immédiate. Ces objets nécessitent une investigation conforme à la méthode de la philosophie, qui consiste à questionner la nature, l’existence, la cause ou la substance des choses qui ne sont pas manifestes. Pour Sextus, la philosophie aventurée dans la métaphysique est caractérisée par une recherche sur ce qui transcende l’empirique, mais cette investigation bute systématiquement sur le désaccord des doctrines.​

Structure de l’investigation philosophique métaphysique

Tout questionnement métaphysique est, selon Sextus, tripartite :

  • Point de départ : ce qui est connu ou apparaît comme évident, servant de base.

  • Inférence : démarche par laquelle on tente d’accéder à la connaissance du non-évident à partir de ce qui est connu.

  • Objet de recherche : le non-évident, souvent abordé par signes ou démonstrations, mais toujours sujet à débat.​

L’enquête métaphysique, ainsi structurée, s’enlise rapidement dans la diversité des définitions et des conceptions offertes par les philosophies dogmatiques. Ce constat nourrit l’attitude sceptique qui suspend tout jugement sur la nature, l’essence ou la réalité véritable des êtres et des choses.

Critique de la distinction dogmatique entre l’évident et le non-évident

Sextus critique la dichotomie dogmatique entre ce qui serait évident (objet d’accord général et immédiateté sensible) et ce qui serait non-évident (présupposé par la philosophie), estimant qu’aucune partition stricte ne peut être établie. Pour le sceptique, tout objet philosophique se heurte au désaccord, et ce qui est jugé évident par les dogmatistes se révèle non-évident dès lors qu’il est contesté au sein des débats philosophiques.​

Suspension du jugement et attitude envers la réalité

La position centrale de Sextus est la suspension du jugement (epochê) sur l’être et la réalité. Il ne nie ni affirme les doctrines métaphysiques sur l’existence, la nature ou la substance des choses. Il refuse d’adhérer à toute prétention sur l’essence ou la réalité ultime ; toute assertion sur l’être est, pour lui, égale à une autre et mérite d’être tenue en balance plutôt que tranchée. Il assigne au sceptique le rôle de « gardien de l’investigation philosophique », poursuivant la recherche sans prétendre aboutir à une vérité ou à une connaissance certaine.​

Notion d’apparence (phainomenon) et réalité

Sextus distingue entre ce qui apparaît (phainomena) et ce que les dogmatistes postulent comme réalité. Le sceptique se contente de l’apparence et n’émet aucun jugement sur la nature interne ou l’essence des choses. Il accorde une valeur à ce qui apparaît dans l’expérience (exemple : pomme, miel, mouvement) sans spéculer sur la réalité cachée ou la substance absolue.​
La notion d’apparence englobe aussi bien les objets de perception que les constructions intellectuelles ou théoriques, sans prétention à la vérité ontologique. Il admet que les apparences, physiques ou intellectuelles, guident l’action et la pensée, mais refuse d’en faire des fondements métaphysiques.

Désaccord philosophique et impossibilité de statuer métaphysiquement

Sextus met l’accent sur le désaccord généralisé concernant tous les sujets métaphysiques — être, substance, cause, nature, etc. Ce désaccord, loin d’être secondaire, est la marque principale des objets non-évidents. De ce fait, il invite à la suspension du jugement et à la reconnaissance du caractère inconnaissable de la réalité ultime.​
Dans la pratique, il affirme que l’investigation sur l’être, la nature ou la cause ne peut aboutir à un consensus ; chaque argument avancé trouve un contre-argument égal en force, ce qui justifie l’attitude sceptique.

Application : vivre selon les apparences

L’impact de cette attitude sur la vie quotidienne consiste à ne jamais investir les objets ou phénomènes d’une nature métaphysique absolue. Le sceptique vit selon ce qui lui apparaît, accepte les phénomènes tels qu’ils se manifestent, mais refuse toute spéculation sur leur être véritable ou leur essence profonde.

Suspension du jugement sur l’existence et la nature divine

Sextus Empiricus opère la suspension du jugement (ἐποχή, epochê) concernant toute proposition relative à l’existence, la nature ou l’essence des dieux. Il refuse d’affirmer ou de nier l’existence d’une réalité divine, d’en préciser la nature substantielle ou d’en déterminer les attributs. Toute affirmation sur ce point relève, selon lui, du dogmatisme et doit faire l’objet d’une mise en balance argumentative avec les opinions contraires.​

Critique du dogmatisme théologique

Les doctrines philosophiques et religieuses qui prétendent savoir ce qu’est la divinité, ou qui décrivent ses caractéristiques ou son activité, sont mises en question par le sceptique. Sextus montre que l’histoire de la philosophie et des religions est marquée par un désaccord massif : affirmation de l’existence de dieux, négation, pluralité ou unicité, nature corporelle ou incorporelle, immanence ou transcendance, etc. Ce pluralisme doctrinal rend impossible une affirmation rationnelle et assurée sur la nature divine.​

La critique du dogmatisme s’étend ainsi :

  • Au domaine des dogmes religieux institués (mythologies, traditions, rites).

  • Aux doctrines philosophiques du divin (Platonisme, Aristotélisme, Stoïcisme, Epicurisme, etc.).

  • À toute tentative de fonder logiquement ou démontrer l’existence ou l’essence d’un dieu ou des dieux.​

Rapport du sceptique au religieux et à la coutume

Le sceptique vit dans le monde social selon les apparences et les coutumes établies, sans s’engager dans une croyance dogmatique concernant des êtres divins. Il participe éventuellement aux pratiques religieuses publiques, mais ne les investit d’aucune vérité absolue ni valeur métaphysique. L’action du sceptique dans la sphère religieuse est donc pragmatique et contextuelle, non fondée sur une adhésion subjective à une doctrine.​

Discontinuité entre croyance ordinaire et dogmatisme religieux

Sextus distingue les croyances ordinaires qui guident la vie quotidienne (coutume, tradition, rites) et les dogmes religieux proprement dits. S’il assente aux premières dans un esprit d’accommodation sociale et pratique, il suspend son jugement quant à leur correspondance à une réalité divine objective.​

Modes d’opposition et pluralité des doctrines religieuses

Le sceptique utilise la méthode dialectique d’opposition pour traiter les questions théologiques : il oppose systématiquement les arguments en faveur et en défaveur de la croyance en une divinité, de la pluralité des dieux, de leur nature, puissance ou action, jusqu’à atteindre un équilibre ou une discordance irréductible. Cette diversité et cette contradiction entraînent la suspension du jugement.​

Critère du phainomenon et pratique religieuse

Le sceptique suit ce qui « apparaît » dans sa société, sans prétention ni engagement métaphysique. Il ne propose ni nouvelle croyance religieuse, ni rejet radical du religieux populaire, mais s’abstient de toute théorisation dogmatique au sujet des dieux.

Relation sceptique à la société et aux lois

Sextus Empiricus considère que le sceptique vit effectivement dans la société et respecte les lois et coutumes qui y prévalent. Il ne rejette pas les normes sociales, mais suspend son jugement sur leur caractère absolu ou naturel. Le sceptique agit conformément aux prescriptions sociales et légales afin d’éviter le trouble, tout en évitant d’attribuer à ces normes une valeur définitive ou nécessaire.​

Critique du dogmatisme politique et social

Le scepticisme s’oppose au dogmatisme en matière politique et sociale. Sextus critique les doctrines affirmant la connaissance certaine des lois justes, des structures politiques idéales ou des valeurs sociales objectives. Il souligne les désaccords nombreux entre les philosophes politiques et les traditions juridiques, rendant impossible toute affirmation dogmatique concernant la nature ou la légitimité de ces normes.​

Attitude du sceptique dans la vie publique

Le sceptique participe à la vie sociale et politique sans adhérer à aucune doctrine absolue. Il peut prendre part aux assemblées, débats ou décisions, mais toujours avec prudence et sans assentiment dogmatique. Sa conduite est guidée par les apparences et les besoins concrets, plutôt que par des positions philosophiques rigides.​

Suspension du jugement et normes sociales

La suspension du jugement chez le sceptique consiste à ne pas affirmer catégoriquement que telle loi ou coutume est juste ou bonne par nature. Il accepte les normes comme des conventions pragmatiques utiles à la vie en société. Cette position permet de respecter les règles sociales tout en restant libre de toute forme de fermeture dogmatique.​

Scepticisme et vie éthique dans la société

Le sceptique vit selon les apparences et suit les normes, évitant le trouble psychique provoqué par l’adhésion dogmatique aux valeurs. Son éthique pratique est donc sociale et contextuelle, orientée vers la tranquillité (ataraxie) et l’adaptation aux conditions sociales

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