Pyrrhon philosophie

Biographie : Le Sage du doute

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Naissance

  • Vers 365 av. J.-C., à Élis, dans le Péloponnèse, en Grèce.

Origines

  • Issu d’une famille modeste. Avant de se consacrer à la philosophie, il aurait exercé le métier de peintre, pratique qui forma son sens du regard et de la mesure.

Vie

  • Élève d’Anaxarque d’Abdère, lui-même disciple de Démocrite, Pyrrhon hérite d’une tradition rationaliste et matérialiste. Ces rencontres orientales influencent profondément sa conception de la sagesse.
    À son retour en Grèce, Pyrrhon mène une vie simple, pauvre et retirée, en accord avec sa philosophie. Bien qu’il n’ait laissé aucun écrit, son disciple Timon de Phlionte a transmis l’essentiel de son enseignement, qui constituera la base du pyrrhonisme.

Mort

  • Vers 275 av. J.-C., à Élis, dans une grande sérénité.

Une méthode de confrontation

 

La dimension logique et dialectique de la pensée pyrrhonienne s’inscrit sous le signe de la méthode sceptique et de la suspension du jugement (épochè), avec les traits suivants :

  • Méthode sceptique d’opposition : Le scepticisme pyrrhonien est défini par une méthode et non par un ensemble de thèses. Cette méthode consiste à opposer à chaque argument un argument d’égale force (isosthénie), produisant une antithèse systématique qui conduit à la suspension du jugement.

  • Diaphonia et irrésolution logique : Le sceptique établit l’existence d’un désaccord fondamental (diaphonia) entre arguments contraires. Ce désaccord rend impossible toute résolution rationnelle ou tout arbitrage définitif par la logique, empêchant ainsi l’assentiment à une des alternatives proposées.

  • Application des « modes » sceptiques : Les tropes d’Agrippa (ou modes sceptiques) sont employés pour démontrer l’instabilité et l’incertitude de toute argumentation. Par l’utilisation de ces modes (diversité des opinions, régression à l’infini, relativité des perceptions, etc.), le sceptique matérialise la non-fixité des critères logiques permettant de déterminer la vérité.

  • Critique de la logique dogmatique : Pyrrhon remet en question la validité de toute méthode logique dogmatique, notamment l’existence d’un critère de vérité, l’usage des signes ou la possibilité de preuve décisive. Selon lui, aucune méthode déductive ou inductive ne permet d’établir avec nécessité la vérité d’une proposition hors controverse.

  • Assentiment et apparence : Le sceptique consent à l’apparence lorsqu’elle n’est sujet à aucune controverse rationnelle ou logique, mais suspend immédiatement son jugement dès qu’un sujet devient matière à débat argumentatif. Le sceptique ne rejette pas tout usage de la logique mais en montre les limites dès qu’une alternative argumentative d’égale valeur se fait jour.

  • Non-adoption d’une position négative : Contrairement au dogmatisme négatif (par exemple, l’affirmation « la vérité est inaccessible »), le sceptique adopte une posture purement méthodologique et dialectique : il ne nie ni n’affirme, mais suspend, refusant toute position arrêtée, que ce soit affirmative ou négative.

Une pratique de vie fondée sur l’expérience immédiate

 

La pensée éthique et morale de Pyrrhon s’organise autour du scepticisme appliqué aux croyances et aux valeurs, dans une posture de suspension du jugement qui vise un mode de vie distinct du dogmatismes :

  • Suspension du jugement dans l’éthique (époche) : Pyrrhon affirme que toutes les questions morales, telles que ce qui est bon ou mauvais, utile ou nuisible, relèvent de sujets controversés, où il existe des désaccords (diaphonia). Face à ces conflits, le sceptique suspend son jugement et ne s’engage pas dans une évaluation ou un choix moral déterminé.

  • Absence de croyance morale dogmatique (adoxastos) : Le sceptique vit « sans croyance » (adoxastos) en matière de valeurs morales. Il ne formule pas de jugement définitif sur ce qui serait véritablement bon ou mauvais par nature.

  • Ataraxie comme finalité pratique : L’objectif déclaré est la tranquillité de l’âme (ataraxie), obtenue par l’abstinence de tout engagement dogmatique envers des valeurs, ce qui évite le trouble psychologique (tarache) suscité par les dilemmes moraux et les conflits doctrinaux.

  • Vie conforme aux apparences, coutumes et nécessités naturelles : Dans la pratique, le sceptique ne reste pas inactif. Il agit selon les apparences, les sensations involontaires, les habitudes (pathe), les règles sociales inculquées et la nécessité de la nature. Il suit la vie commune sans y inscrire d’interprétation philosophique ou dogmatique, mais seulement selon ce qui se présente et ce qui est admis par convention.

  • Distinction entre croyances dogmatiques et habitudes ordinaires : Pyrrhon distingue les croyances résultant d’un choix intellectuel, impliquant une prise de position sur la vérité ou la valeur d’une chose, des attitudes ou actions habituelles qui ne comportent pas de jugement sur la nature réelle du bien ou du mal.

  • Critique de la morale dogmatique : La méthode sceptique s’oppose directement à l’affirmation dogmatique de valeurs morales. Elle réfute la possibilité de définir un critère universel du bien et du mal, ou de prouver la supériorité d’une norme éthique sur une autre.

  • Action sans conviction morale : Bien que le sceptique suspende son jugement sur les valeurs éthiques, il agit au quotidien selon les nécessités naturelles, les apparences et les conventions sans adopter d’engagement philosophique ou moral absolu. En présence de pratique courante non controversée, il agit comme tout autre individu, sans doute ou débat philosophique.

Suspendre toutes assertions sur la nature

 

La pensée métaphysique de Pyrrhon s’articule principalement autour du scepticisme radical appliqué à la nature des choses, à la connaissance, et à la vérité, se déployant selon les points suivants :

  • Le monde est indéterminé et indéfinissable : Pyrrhon avance que le monde, de par sa nature propre, est « non différencié, non mesurable, et inarbitraire » , ce qui signifie qu’il ne possède pas de caractéristiques fixes ou d’essences déterminées. Cette indétermination empêche tout savoir certain à son sujet.

  • Suspension du jugement (épochè) : Face à la contradiction et à l’absence d’une détermination claire des choses, Pyrrhon préconise la suspension de tout jugement sur la nature réelle des objets et phénomènes. Cette suspension vise à ne pas s’engager en faveur d’une position dogmatique affirmant que les choses sont « ceci » ou « cela ». La suspension porte non pas sur les apparences elles-mêmes, lesquelles sont admises telles qu’elles se présentent, mais sur ce qui sous-tend ces apparences, c’est-à-dire la réalité ou la nature intrinsèque des choses.

  • Crise des dogmatismes métaphysiques : Pyrrhon conteste toutes les méthodes dogmatiques prétendant parvenir à une connaissance certaine, notamment celles fondées sur des critères de vérité, des signes, ou des preuves. Il met en opposition les points de vue contraires et démontre par la méthode sceptique que chaque assertion puise dans des arguments aussi valables que leurs contraires, ce qui conduit à une égalité de force argumentative (isosthénie) et ne permet donc pas de trancher.

  • Relation aux sensations et apparences : Pyrrhon n’ignore pas les sensations ou apparences qui affectent les individus de façon naturelle et involontaire. Il ne nie pas la réalité des phénomènes apparaissant aux sens, mais il refuse de fixer une interprétation dogmatique à leur propos, affirmant que ce n’est pas la réalité en soi qui est accessible, mais seulement comment elle apparaît.

  • Non affirmation d’une vérité métaphysique ultime : Plutôt que de prétendre découvrir la vérité sur la nature fondamentale des choses, Pyrrhon affirme une pratique continue de questionnement qui n’aboutit jamais à une conclusion définitive, établissant ainsi le scepticisme comme une recherche perpétuelle sans affirmation finale.

  • But de la pensée métaphysique pyrrhonienne : La suspension du jugement vise à atteindre une tranquillité d’esprit (ataraxie) résultant de la paix intérieure qui survient lorsque l’âme cesse de se perturber par des affirmations dogmatiques sur la nature du réel.

Un scepticisme méthodique aux questions religieuses

 

La pensée théologique de Pyrrhon est profondément marquée par la suspension du jugement concernant l’existence et la nature des dieux :

  • Suspension du jugement sur l’existence des dieux : Pyrrhon applique le même principe sceptique à la question théologique qu’aux autres domaines philosophiques. Il recommande de s’abstenir de trancher positivement ou négativement sur l’existence des dieux, considérée comme un sujet naturellement controversé. Le sceptique ne se prononce ni pour ni contre leur existence.

  • Critique des preuves dogmatiques : Toute tentative de prouver l’existence ou la non-existence des dieux est considérée comme dogmatique. Pyrrhon met en doute la validité des arguments et des méthodes employés en théologie dogmatique, soulignant qu’ils reposent sur des prémisses contestées et produisent des arguments d’égale force pouvant être retournés contre eux-mêmes.

  • Égalité de force des arguments (isosthénie) : À propos de la théologie, la méthode sceptique consiste à exposer les arguments pour et contre l’existence des dieux en vue de démontrer leur égalité de poids. Cette égalité conduit à l’épochè, la suspension de tout jugement définitif sur cette question.

  • Non-affirmation de convictions théologiques : Le sceptique ne formule pas de croyance ferme en matière religieuse. Il utilise un langage non-committal, selon lequel les dieux « paraissent » exister ou non, reflétant ainsi sa position d’incertitude méthodologique.

  • Pratique conforme sans croyance dogmatique : Malgré la suspension du jugement théologique, le sceptique continue de vivre sa vie conforme aux conventions sociales et pratiques culturelles, sans nécessité d’affirmer ou de réfuter l’existence divine. Sa vie n’est pas perturbée par le doute sur les questions théologiques, car la suspension du jugement vise à atteindre la tranquillité intérieure.

  • Absence de spéculation métaphysico-théologique : Pyrrhon ne s’engage pas dans une spéculation positive sur les questions métaphysiques reliées aux dieux, ni ne propose d’interprétation dogmatique de la divinité, contrairement aux écoles philosophiques qui postulent une connaissance certaine des dieux ou leur nature.

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